Jusqu’en 1780, on lisait encore sur un mur de cette Église une inscription latine dont voici la traduction : « Quarante ans environ après la naissance temporelle du Christ, Avignon fut tirée de l'erreur par Marthe et ce temple fut consacré en l’honneur de la Mère de Dieu, encore vivante. »

Quant au nom donné à cette illustre Église, la même inscription qu’on peut lire aujourd’hui à la bibliothèque de la ville, nous l’apprend :

" Elle fut appelée N. D. des Doms, ou plutôt des Dons, à cause de la multiplicité des dons célestes accordés en ce lieu : Ob frequentiam cœlestium donorum, a vulgi pietate Nostra Domina de Donis nuncupata " , comme nous l’écrit M. le chanoine Corenson.

A la vérité, d’autres auteurs lui donnent une étymologie différente et affirment qu`elle s`appelle ainsi en souvenir des dons de Charlemagne qui la rebâtit, ou des Doms ou seigneurs, qui n’étaient autres que les moines de Lérins, mandés par saint Agricol, et chargés, dès le huitième d’y célébrer les offices. Ces religieux, devenus très puissants, se constitueront, au siècle suivant, en chapitre sécularisé.

D'autres enfin font dériver ce nom du mot celtique dom, qui signifie rocher, ou du latin domus, parce que la maison de sainte Marthe en était voisine.

 

Ces questions sont ici tout à fait secondaires, mais la très haute antiquité de ce sanctuaire est admise par tous les historiens. L'Eglise fut une première fois restaurée, peut-être rebâtie sur de plus grandes dimensions, par ordre de Constantin, et dédiée, en 326, à la Mère de Dieu par Aventius, évêque d’Avignon.

 

Exposée aux incursions des Francs et des Sarrasins, qui ravagèrent tant de lois la Provence, N. D. des Doms était dans un état lamentable, quand Charlemagne la releva de ses ruines, comme en fait foi une charte de Louis le Débonnaire, en 820. Cette charte, traduite au quinzième siècle, dit que l’église était :" moult ancienne et de fondation royale ".

 

C'est à cette époque que se rapporterait la consécration, par Notre-Seigneur Jésus-Christ en personne, de l’église des Doms. Le 8 octobre, jour anniversaire de cette miraculeuse consécration, fut érigé en fête d'obligation et observé comme tel par l'Église d`Avignon. .Soit en raison de ce souvenir, soit plutôt a cause des grâces que la Sainte Vierge ne cessait d’y répandre, l’Eglise de N. D. des Doms fut pendant tout le moyen age un foyer de la dévotion.

 

Dans sa Triple Couronne, le Père Poiré écrivait, il y a deux siècles et demi : « La Vierge est spécialement honorée a la cathédrale, où à toute heure l’on voit aborder des personnes. Il s’en trouve en grande quantité qui pour rien au monde ne manqueraient de la visiter tous les jours. »

 

Le séjour des papes à Avignon rendit encore plus illustre cette cathédrale et plus suivi le culte de sa patronne. Le pape Jean XXII fut, sur sa demande, inhumé tout près d’elle. Benoit Xll fut élevé à la suprême dignité sous son regard, et voulut aussi rester à ses pieds après sa mort. Clément VI qui lui succéda, multipliant les faveurs spirituelles, multiplia du même coup le nombre des pèlerins à N. D. des Doms. En 1350, on vit à Avignon plus de cent mille prêtres, et de laïques une quantité innombrable.

 

Saint Elzéar et sainte Delphine la visitèrent. Sainte Catherine de Sienne, principal instrument dont Dieu se servit pour faire cesser le schisme et pour rendre à Rome ses légitimes souverains, vint plus d’une fois confier à N. D. des Doms le succès de sa demarche. Saint Vincent Ferrier reçut tout près de la sa mission d’annoncer a l’Europe les vérités du salut. Le Sauveur s’était montré à lui, accompagné de saint Dominique et de saint François : «  Le schisme finira bientôt, lui dit-il, sois guéri, lève-toi et va prêcher contre les vices! ›› La première prédication du célèbre apôtre fut à N. D. des Doms. Parti de là, pendant vingt ans, il parcourut l’Europe, la convertissant par sa parole apostolique et par les miracles dont Dieu lui-même l’appuyait.

 

Parmi les saints qui prièrent devant N. D. des Doms, nous pouvons citer saint Rémy, de Reims; saint Mayeul, de Cluny; saint Pons, saint Hugues, évêque de Grenoble ; saint Denis, évêque ; saint François de Borgia ; saint François de Sales ; saint Bertrand d’Aquilée, etc… Tous les Rois de France, depuis Louis VIII jusqu’à Louis XIV, sont venu s’agenouiller devant l’image de N. D. des Doms, et sous le porche où se trouve sculptée une autre image de Marie également célèbre.

 

Sous le pontificat de Jean XXII, saint André Corsini, revenant de Paris, où il avait achevé ses études, s’arrêta quelques temps à Avignon. Un jour que, suivant l’élan de sa piété, il se rendait à l’autel de N. D. des Doms, un aveugle, assis sous le porche, lui demanda l’aumône : « Je travaillais à raffiner l’or et l’argent, dit-il au saint, mais l’ardeur du feu m’a fait perdre la vue et m’a mis dans l’impossibilité de gagner la vie de ma famille. »

 

Le saint fut ému de compassion. Il entre dans l’Église, se prosterne, pendant une heure devant l’image de Marie, puis revenant, il prend de l’eau bénite : « Que Jésus-Christ, par sa miséricorde, dit-il, vous bénisse ! » Et l’aveugle recouvra subitement la vue. Pour conserver le souvenir de ce miracle, on le peignit sur les murs du porche de l’église.

 

Pendant les sièges qu’Avignon supporta, à diverses époques, N. D. des Doms fut sa meilleure sauvegarde. Plus d’une fois, elle manifesta sa puissance et défendit la ville cotre les huguenots qui ne purent la prendre.

 

En dépit de tant de gloire, malgré le souvenir des nombreux conciles tenus sous son regard, la vieille statue fut dépouillée par la révolution, qui lui enleva près de vingt cinq quintaux d’argenterie, vola les diamants et les perles fines, dégrada les peintures et laissa l’édifice dans le plus triste état. Il fallut le Zèle persévérant de Mgr Dupont pour la mettre en état de recevoir de nouveau le titre de Basilique, que Pie IX lui rendit en 1854.

 

Cinq ans plus tard, le 24 octobre, la ville d’Avignon affirmait sa confiance en Marie, en plaçant au faîte de sa Basilique une statue monumentale de la Vierge. Plus de cent mille personnes faisaient escorte aux sept évêques qui présidèrent cette cérémonie.

 

Outre le bas relief du tympan, dont nous avons parlé, deux statues de Marie attirent les fidèles. L’une en marbre blanc, sculptée par Pradier, et qui fut offerte par la ville en 1840. Elle a été bénie par M. Dupont et déposée à l’autel du Dôme, en reconnaissance de la préservation du choléra.

 

L’autre a le secret d’attirer instinctivement les pèlerins. C’est la statue de Notre Dame de Tout Pouvoir, l’antique statue devant laquelle jean XXII fut favorisé d’une vision. Elle est en pierre polychromée, et trône doucement dans la chapelle saint Grégoire. C’est à ses pieds que les Avignonnais aiment à saluer leur protectrice bienfaisante, qui est toujours pour eux Notre Dame des Doms.

En ce Mois de Mai Prions Notre Dame des Doms pour la France :

Je vous salue Marie ...