Jean-Paul II
Par Admin le dimanche 11 mai 2008, 16:41 - TEXTES - REFLEXION - Lien permanent
Dans cette homélie prononcée au Bourget le 1er Juin 1980, Jean Paul II résume toute l’histoire spirituelle de notre beau pays de France. C’est cette histoire dont chaque français peut être fier. Les 2 questions du pape sont comme une gifle, un aiguillon pour relever notre pays. Lorsqu’ils les ont entendues, les français, les médias, les politiques sont restés bouche bée, comme assommés et frappés au cœur de leur être...
Le Christ a dit aux Apôtres: “Allez..., enseigne toutes les nations...”. De
même qu’aujourd’hui je me trouve pratiquement dans la capitale de la France, de
même, il y a un an, en ce même jour du premier dimanche après la Pentecôte, je
me trouvais dans une grande prairie de l’ancienne capitale de la Pologne, à
Cracovie, dans la ville où j’ai vécu et d’où le Christ m’a appelé au Siège
romain de l’Apôtre Pierre. J’ai eu là-bas devant les yeux les visages connus de
mes compatriotes, et j’ai eu devant les yeux toute l’histoire de ma nation,
depuis son baptême. Cette histoire riche et difficile avait commencé, d’une
manière admirable, presque exactement au moment où a été réalisée la dernière
parole du Christ adressée aux Apôtres: “Enseignez toutes les nations,
baptisez-les...”. Avec le baptême la nation est née et son histoire a
commencé.
Cette nation - la nation dont je suis le fils - ne vous est pas étrangère.
Dans les périodes les plus difficiles, surtout, de son histoire, elle a trouvé
chez vous l’appui dont elle avait besoin, les principaux formateurs de sa
culture, les porte-parole de son indépendance. Je ne peux pas ne pas m’en
souvenir en ce moment. J’en parle avec gratitude... (…)
D’abord la Gaule, et ensuite la France: la Fille aînée de l’Eglise! -
Aujourd’hui, dans la capitale de l’histoire de votre nation, je voudrais
répéter ces paroles qui constituent votre titre de fierté: Fille aînée de
l’Eglise. Et j’aimerais, en reprenant ce titre, adorer avec vous le mystère
admirable de la Providence. Je voudrais rendre hommage au Dieu vivant qui,
agissant à travers les peuples, écrit l’histoire du salut dans le cœur de
l’homme. (…)
Cette histoire particulière est caché au plus intime de l’homme, elle est
mystérieuse et pourtant réelle aussi dans sa réalité historique, elle est
revêtue, d’une manière visible, des faits, des événements, des existences
humaines, des individualités. Un très grand chapitre de cette histoire a été
inscrit dans l’histoire de votre patrie, par les fils et les filles de votre
nation. Il serait difficile de les nommer tous, mais j’évoquerai au moins ceux
qui ont exercé la plus grande influence dans ma vie: Jeanne d’Arc, François de
Sales, Vincent de Paul, Louis-Marie Grignon de Montfort, Jean-Marie Vianney,
Bernadette de Lourdes, Thérèse de Lisieux, Sœur Elisabeth de la Trinité, le
Père de Foucauld, et tous les autres. Ils sont tellement présents dans la vie
de toute l’Eglise, tellement influents par la lumière et la puissance de
l’Esprit Saint! (…)
Que n’ont pas fait les fils et les filles de votre nation pour la
connaissance de l’homme, pour exprimer l’homme par la formulation de ses droits
inaliénables! On sait la place que l’idée de liberté, d’égalité et de
fraternité tient dans votre culture, dans votre histoire. Au fond, ce sont-là
des idées chrétiennes. Je le dis tout en ayant bien conscience que ceux qui ont
formulé ainsi, les premiers, cet idéal, ne se référaient pas à l’alliance de
l’homme avec la sagesse éternelle. Mais ils voulaient agir pour l’homme. Pour
nous, l’alliance intérieure avec la sagesse se trouve à la base de toute
culture et du véritable progrès de l’homme. Le développement contemporain et le
progrès auxquels nous participons sont-ils le fruit de l’alliance avec la
sagesse? Ne sont-ils pas seulement une science toujours plus exacte des objets
et des choses, sur laquelle se construit le progrès vertigineux de la
technique? L’homme, artisan de ce progrès, ne devient-il pas toujours plus
l’objet de ce processus? Et voilà que s’effondre toujours plus en lui et autour
de lui cette alliance avec la sagesse, l’éternelle alliance avec la sagesse qui
est elle-même la source de la culture, c’est-à-dire de la vrai croissance de
l’homme.
Le Christ est venu au monde au nom de l’alliance de l’homme avec la sagesse
éternelle. Au nom de cette alliance, il est né de la Vierge Marie et il a
annoncé l’Evangile. Au nom de cette alliance, “crucifié... sous Ponce Pilate”
il est allé sur la croix et il est ressuscité. Au nom de cette alliance,
renouvelée dans sa mort et dans sa résurrection, il nous donne son Esprit
(…)
L’homme d’aujourd’hui a beaucoup augmenté son pouvoir sur la terre, il pense
même à son expansion au-delà de notre planète. On peut dire en même temps que
le pouvoir de l’homme sur l’autre homme devient toujours plus lourd. En
abandonnant l’alliance avec la sagesse éternelle, il sait de moins en moins se
gouverner lui-même, il ne sait pas non plus gouverner les autres. Combien
pressante est devenue la question des droits fondamentaux de l’homme!
Quel visage menaçant révèlent le totalitarisme et l’impérialisme, dans
lesquels l’homme cesse d’être le sujet, ce qui équivaut à dire qu’il cesse de
compter comme homme. Il compte seulement comme une unité et un objet !
(…)
Il n’existe qu’un problème, celui de notre fidélité à l’alliance avec la
sagesse éternelle, qui est source d’une vraie culture, c’est-à-dire de la
croissance de l’homme, et celui de la fidélité aux promesses de notre baptême
au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit! Alors permettez-moi, pour
conclure, de vous interroger:
France, Fille aînée de l’Eglise, es-tu fidèle aux promesses de ton
baptême?
Permettez-moi de vous demander:
France, Fille de l’Eglise et éducatrice des peuples, es-tu fidèle,
pour le bien de l’homme, à l’alliance avec la sagesse éternelle?
Pardonnez-moi cette question. Je l’ai posée comme le fait le ministre au
moment du baptême. Je l’ai posée par sollicitude pour l’Eglise dont je suis le
premier prêtre et le premier serviteur, et par amour pour l’homme dont la
grandeur définitive est en Dieu, Père Fils et Saint-Esprit.
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