Sainte Jeanne d’Arc
Par Admin le jeudi 8 mai 2008, 19:09 - SAINTS PATRONS DE LA FRANCE - Lien permanent
« Grand pitié ! jamais personne ne secourut la France si à propos et si heureusement que cette Pucelle, et jamais mémoire de femme ne fut si déchirée. » Étienne Pasquier (1529-1615)...
La France ne fut jamais plus en péril qu'au moment où parut Jeanne d'Arc. L'Angleterre, jadis conquise par les Normands français, prenait à son tour possession de la France : c'étaient les représailles de la conquête, et le terme où semblait aboutir la longue rivalité qu'elle avait provoquée. La France martyrisée sous Charles VI se relèvera sous Charles VII. Mais de quelle abîme elle se relève et par quelle grâce inespérée !
S'il est un épisode émouvant dans nos annales, c'est assurément la vie de Jeanne d'Arc qui est une légende au milieu de l'histoire ; c'est un miracle placé au seuil des temps modernes comme un défi à ceux qui veulent nier le merveilleux. L'histoire a paru si merveilleuse en elle-même, qu'on n'a pas vu grand inconvénient à y joindre la légende. Mais un fait si plein d'éclat, à une époque déjà féconde en chroniques et en écrits de toutes sortes, a agi sur tous les esprits et a laissé sa trace dans tous les écrits du temps ; et les deux procès qui ont poursuivi tour à tour par tant d'interrogatoires et d'enquêtes la condamnation de Jeanne et sa réhabilitation, ont recueilli une masse de témoignages qui, sans cette cause toute providentielle eussent été perdus pour l'histoire. Les Anglais et leur instrument, l'évêque Cauchon, en voulant détruire physiquement et salir la mémoire de la Pucelle, lui ont élevé un monument éternel.
Elle fut ignorée pendant des siècles, raillée par des écrivains comme Shakespeare ou pire par Voltaire dont les haines anti-religieuse, anti-nationale... ne méritent que l'oubli. Il aura fallu attendre le XIX° siècle pour que les Français la célèbrent et lui rendent enfin sa grandeur et 1920 pour que l'Église en fasse une sainte. Paradoxalement ce furent des auteurs agnostiques ou de la « libre-pensée » tels que l'archiviste Jules Quicherat et des historiens comme Jules Michelet, Henri Martin... qui sont à l'origine de cette ferveur populaire.
Jeanne d'Arc n'est donc pas une héroïne légendaire ou mythique, comme on le lit trop souvent, mais l'une des figures les mieux connues de notre histoire de France, celle que l'on surnomme souvent et à juste titre « la mère de la nation ».
Enfin, je ne résiste pas à l'envie de citer ce témoignage admiratif de l'écrivain américain Mark Twain, qui peut paraître exagéré au premier abord mais qui s'avère totalement justifié si l'on veut prendre la peine d'étudier sérieusement la vie de notre sainte héroïne : « En tenant compte des circonstances de ses origines, de sa jeunesse, de son sexe, de l'analphabétisme et de la pauvreté de son environnement, des conditions hostiles dans lesquelles elle dut exercer ses fabuleux talents et remporter ses victoires, tant sur le champ de bataille que dans le prétoire face à ces juges iniques qui l'ont condamnée à mort, Jeanne d'Arc demeure, aisément, de très loin, la personnalité la plus extraordinaire jamais produite par la race humaine »...
...et aussi ces extraits d'un discours génial d'André Malraux en 1964 : '
« ...Dans ce monde où Isabeau de Bavière avait signé à Troyes la mort de la France, dans ce monde où le dauphin doutait d'être dauphin, la France d'être la France, l'armée d'être une armée, elle refit l'armée, le roi, la France... » « ...Et la première flamme vint, et avec elle le cri atroce qui allait faire écho, dans tous les coeurs chrétiens, au cri de la vierge lorsqu'elle vit monter la croix du Christ sur le ciel livide. De ce qui avait été la forêt de Brocéliande jusqu'aux cimetières de Terre sainte, la vieille chevalerie morte se leva dans ses tombes. Dans le silence de la nuit funèbre, écartant les mains jointes de leurs gisants de pierre, les preux de la Table ronde et les compagnons de Saint Louis, les premiers combattants tombés à la prise de Jérusalem et les derniers fidèles du petit roi lépreux, toute l'assemblée des rêves de la chrétienté regardait, de ses yeux d'ombre, monter les flammes qui allaient traverser les siècles, vers cette forme enfin immobile, qui devenait le corps brûlé de la chevalerie... » « ...Ce pauvre cœur qui avait battu pour la France comme jamais cœur ne battit, on le retrouva dans les cendres et l'on décida de le jeter à la Seine, afin que nul n'en fit des reliques... Le cœur descend le fleuve. Voici le soir. Sur la mer, les saints et les fées de l'arbre-aux-fées de Domrémy l'attendent. Et à l'aube toutes les fleurs marines remontent la Seine, dont les berges se couvrent des chardons bleus des sables, étoilés par les lys... La légende n'est pas si fausse. Ce ne sont pas les fleurs marines que ces cendres ont ramenées vers nous, c'est l'image la plus pure et la plus émouvante de France. Ô Jeanne sans sépulcre et sans portrait, toi qui savais que le tombeau des héros est le coeur des vivants, peu importent tes vingt mille statues, sans compter celles des églises : à tout ce pour quoi la France fut aimée tu as donné ton visage inconnu... Au nom de tous ceux qui sont ou qui seront ici, qu'elles te saluent sur la mer, toi qui a donné au monde la seule figure de victoire qui soit une figure de pitié ! »
